L’ensemble Cosmic Drone, autour de la vielle à roue de STEPHANE DURAND, propose un concert plutôt novateur, aux sons modernes, mêlant les bourrées à deux temps au rock et au reggae, avec de souples et fluides mélodies et des effets de saturation qui ne manquent pas de charme. Un cd sortira bientôt, que nous avons écouté en avant-première, avant d’en discuter avec le leader du groupe, dont la programmation dès cet été au festival international de St Chartier est la preuve s’il n’en fallait de l’intérêt que Cosmic Drone suscite déjà…
STEPHANE DURAND, à la vielle à roue électroacoustique (Machiavel, Le Terminus, Tapage), a poursuivi ce projet, d’abord personnel, depuis trois ans. Il a composé puis enregistré en multi-pistes, ensuite séquencé pour chercher et trouver des sons qui conviennent à son travail. Il a ainsi défini les instrumentistes ad hoc, à qui il a confié le cd « prototype ». Des musiciens « bons et sympas, dit-il, des gars gentils et compétents. » Après leur accord, tous se sont mis au service de cette musique, ajoutant bien sûr leur talent personnel et leurs idées. Ainsi se retrouvent dans le produit fini, outre STEPHANE : VINCENT VIALA aux claviers / Fender Rhodes et à la voix (du groupe Lila et les poinçonneurs, qui a fait la première partie de James Brown, ou encore de L’orchestre typique de Robert Santiago…) ; THIERRY LEU à la basse électrique (que l’on voit un peu partout du classique au jazz, avec le guitariste Tonino Ramos ou le trompettiste Maurice André…) ; VINCENT LEMAIRE enfin, à la batterie (du groupe pop-rock Le Chien, récemment entendu au printemps de Bourges).
Le son recherché sur ce CD, réellement en quartet, est plus ramassé que dans beaucoup d’associations autour de la vielle : batterie et chien se marient, se confondent presque parfois ; vielle, basse et clavier s’entremêlent, de façon parfois trompeuse pour l’oreille. L’idée de saturer le son de vielle est venu progressivement ; alors que les bourdons sont souvent discrets (exceptionnellement enlevés), pour préserver l’harmonie, le souffle continu qui entoure la mélodie de vielle (qui devient pur par moment, par surprise…) rappelle souvent la guitare électrique, jusqu’à tromper l’auditeur. STEPHANE, il faut le dire, s’est bercé de disques de Prince, de Mark Knopfler des Dire Straits. Le jeu de vielle est constitué de notes égales, comme en courant tortueux qui chemine, avec des notes en degrés conjoints, une ambiance plutôt ternaire, très souvent à jet continu. Le chien varie, du « un-coup-par-note » aux tenues frisantes (7), en passant par les effets de cigale (13) …A l’ensemble cohérent des instruments de base se joignent parfois palmas (Orokhan), piano à queue façon cool, boîte de jazz (9,la valse)…Blues en 6/8 lent (Cosmic drone, qui donne son titre à l’album et au groupe), slow même (5,avec slaps,cool), se mêlent aux nombreux tempi oscillant entre rock, reggae (1 et surtout 14) et bourrées à deux temps (1,6,7,10,14…) ; les 3 temps avec des coups de 4 au poignet prennent un côté ternaire…On retrouve, digérées et au service d’une sonorité et de compositions originales, les références de STEPHANE en vielle : VALENTIN CLASTRIER, GILLES CHABENAT, NIGEL EATON (deux titres sont en anglais…) D’autres titres traduisent un penchant orientalisant sensible, les titres en français montrant peut-être, par leur côté « baroque » (La Belle Etoile, en fait du nom de la maison d’une tantine adorable, et L’Arrogante) le passé « classique » de STEPHANE, qui signe 13 des 14 plages.
Les passages récents de Cosmic Drone au Cats, puis à l’auditorium de Nevers, ont séduit, ce qui était dans les intentions de cette formule concert précisément destinée à un public large et, si possible, varié. « La fusion, dit STEPHANE, s’opère entre groove, jazz, trad’ et rock. »Associer audaces et traditions est au cœur de la réflexion. « La fusion, poursuit STEPHANE, est déjà réussie humainement. Le projet s’en trouve démultiplié, ce qui est une réussite en soi. » A ne pas manquer pour goûter au plat et pas seulement à la recette !…
CD Cosmic Drone, co-production Stéphane Durand / Fred Ibanez –studios (Toulouse) Polygone / City Rose / Studio 52 – Autoproduction.